A l’heure où les yeux sont tournés vers Londres et alors que les Jeux Olympiques battent leur plein, les organisateurs font des pieds et des mains pour protéger l’image de leurs chers sponsors. Avec des mesures qui tutoient le ridicule, mais qui résonnent aussi avec des échos de totalitarisme.
Les autorités ont beau avoir couvert les toits de Londres de missiles sol-air en prévision d’une attaque terroriste, la menace qui donne le plus de sueurs froides au comité olympique aujourd’hui est d’un tout autre ordre…
Pour le Comité International Olympique, l’enjeu est simple, et les personnes à protéger sont clairement identifiées: ce sont les sponsors et les chaînes de télévision qui tous payent, les uns pour associer leur image à celle des jeux, les autres pour en retransmettre les images.
Et à cet égard, les bons comptes ne font pas forcément les bons amis. Entre des direct TV saucissonnés par tranches de 5 minutes et des précautions inouïes pour empêcher toute interférence dans l’enceinte des jeux (interdiction des t-shirts à logopour les spectateurs, contrôle de la marque de papier toilette dans les WC…), les organisateurs se montrent d’une rigidité absolue pour préserver leurs sources de revenu. Et si l’esprit des jeux est préservé en façade, on peut quand même se poser légitimement la question du financement d’un tel événement, qui de par son ampleur et son retentissement aiguise forcément les convoitises. Les compromissions et abus de pouvoirs ont donc tendance à se multiplier. A cet égard je vous recommande la lecture de l’article de Lionel Maurel sur son blog: Comment la propriété intellectuelle a transformé les Jeux olympiques en cauchemar cyberpunk.
On se retrouve donc dans la situation invraisemblable où le CIO se bat pour faire disparaître les marques de l’enceinte Olympique, alors même qu’il est financé par ces dernières. Dans ce grand écart, le remède est pire que le mal, car toute marque qui parvient un tant soit peu à gagner en visibilité bénéficie ainsi d’une caisse de résonance énorme. En témoigne l’affaire des casque Beats by Dre qui grâce à un travail de terrain sont parvenus à s’afficher sur la tête de nombreux nageurs et autres athlètes. Au grand dam des organisateurs…
En 1936, l’Allemagne Nazie avait choisi les JO de Berlin comme démonstration de son idéologie. Dans toutes les épreuves, les athlètes blonds du Reich triomphaient. Mais en remportant le 100m, le 200m, le 4x100m et le saut en longueur, Jesse Owens, athlète noir américain, renverra la réalité à la face d’Hitler et de ses sbires. Quand on sait les liens ambigus que le CIO a pu entretenir avec les idéologies d’extrême droite, cette anecdote prend encore plus de sens.
A l’heure où les sportifs nous font vivre les événements de l’intérieur grâce aux réseaux sociaux, où Internet permet grâce à sa flexibilité de suivre chaque épreuve dans ses moindres détails, le modèle des droits télévisés et le verrouillage de l’information ont-t-ils encore un sens?
A l’heure où les consommateurs attendent des marques un véritable engagement, où chacun veut pouvoir participer, s’investir, le simple fait d’apposer les anneaux olympiques sur son packaging est-il suffisant?
Et plus simplement, olympisme et consumérisme sont-ils compatibles?
A l’ère du digital, l’édifice Olympique tel que voulu par le CIO semble vaciller.
Nous vivons dans un monde qui a plus que jamais besoin de se retrouver, de faire un peu tomber les frontières. Devons-nous laisser ce rendez-vous dépendre du bon vouloir des medias, des marques et d’associations au fonctionnement contestable?
Je crois que non.
Et je pense que des alternatives existent pour assurer une plus grande transparence et une meilleure neutralité de futurs Jeux Olympiques. A commencer par rendre le pouvoir et les financements aux premiers concernés: ces sportifs de tous les pays qui chaque jour font vivre le sport et tous les idéaux qu’il représente par leur simple pratique. La mode est au cofinancement, au crowdsourcing. Pourquoi ce modèle ne pourrait-il pas s’appliquer au plus important des événements sportifs? Et pour organiser ces jeux, pourquoi ne pas faire appel à des organismes internationaux reconnus, dont les règles de fonctionnement sont connues et respectées? Pourquoi pas l’ONU?
à lire:
- Jeux Olympiques – Mon dieu que c’est sale ! (korben)
- Le Comité Olympique, médaille d’or de la censure (journaldunet)
- JO 2012 : le CIO, tu aimes ses dollars ou tu le quittes (lepoint.fr)


