Enthral

Le Marketing Digital

temps-impatience-jaeger-lecoultre
temps-impatience-jaeger-lecoultre

L’impatience à l’heure du temps réel

| 1 Commentaire

Je viens de tomber sur cet article qui recèle des données intéressantes sur la propension qu’ont les internautes (et l’homme moderne en général) à perdre patience. L’étude citée se concentre sur nos amis américains, mais je pense que nous pouvons nous reconnaître dans certains de ces traits.

En substance, l’article s’appuie sur une infographie qui souligne certains faits liés à l’attente:

  • 1 américain sur 4 abandonnerait la visite d’un site si la page de celui-ci met plus de 4 secondes à s’afficher
  • Encore pire, ils seraient quatre sur dix à abandonner  pour un site mobile qui met plus de trois secondes à se charger.
  • Et de manière générale, un américain ne supportera pas d’attendre plus de 15 minutes dans une queue.

Evidemment comme tous les autres chiffres provenant d’infographies ceux-ci sont à prendre avec des pincettes, mais ils révèlent je pense une certaine réalité: à l’heure du temps réel et du “feedback” instantané, nous avons désappris l’attente.

Aujourd’hui les scientifiques s’arrachent les cheveux pour faire passer toujours plus de données dans les câbles qui tapissent la planète, et cherchent à atteindre des fréquences de calcul qui tutoient la science-fiction.

Pourtant, s’il est indéniable que le temps gagné sur l’attente est un atout majeur pour connecter les hommes, on peut légitimement se demander si cette accélération des flux ne remet pas en cause l’accès aux autres dimensions du temps que sont le passé et l’avenir.

Prenons Bergson:

« Mon présent en ce moment est la phrase que je suis occupé à prononcer. Mais il en est ainsi parce qu’il me plaît de limiter à ma phrase le champ de mon attention. Cette attention est chose qui peut s’allonger et se raccourcir comme l’intervalle entre les deux pointes d’un compas. Pour le moment, les pointes s’écartent juste assez pour aller du commencement à la fin de ma phrase, mais, s’il me prenait envie de les éloigner davantage, mon présent embrasserait, outre ma dernière phrase, celle qui l’a précédée. Il m’aurait suffi d’adopter une autre ponctuation.
Allons plus loin : une attention qui serait indéfiniment extensible tiendrait sous son regard, avec la phrase précédente, toutes les phrases antérieures de la leçon et les événements qui ont précédé la leçon et une portion aussi grande qu’on voudra de ce que nous appelons notre passé. La distinction que nous faisons entre notre présent et notre passé est donc sinon arbitraire du moins relative à l’étendue du champ que peut embrasser l’attention à la vie.
Le présent occupe juste autant de place que cet effort. Bien que cette attention particulière lâche quelque chose de ce qu’elle tenait sous son regard, aussitôt ce qu’elle abandonne du présent devient du passé. En un mot, notre présent tombe dans le passé quand nous cessons de lui attribuer un intérêt actuel. »

Donc, on voit bien que le temps présent nécessite un effort, une attention. Et ce qui se passe aujourd’hui, c’est qu’avec la technologie, l’effort qui nous est demandé pour “étirer” le présent s’amoindrit: l’information est accessible, les media riches, interactifs, et nous sommes sollicités en permanence par des notifications en tous genres. Nous passons des heures, des jours rivés à nos écrans, jusqu’à la nausée et pour certains jusqu’à la mort.

A cet égard, ces “temps morts” de chargement des pages sont vécues comme des interruptions qui viennent nous déconnecter du présent et risque de dévier notre attention.

Tout se passe donc comme si nous aspirions à vivre dans un état d’attention permanente, toujours tendu vers une tâche précise devant être accomplie.

La réalité est toute autre: nous perdons pied, surfons sans but pour émerger de longs instants plus tard sans avoir avancé d’un iota. Et quand nous avançons, nous ne levons pas les yeux, nous ne nous retournons pas. Getting Things Done, calendriers, listes et systèmes, nous structurons nos activités pour laisser le moins de temps possible au temps perdu.

Il s’agit en fait d’une double perte: nous ne sommes pas réellement présent car nous perdons de vue ce vers quoi nous tendons, et nous ne sommes pas réellement productifs car nous oublions ce que nous venons d’apprendre.

Face à cette spirale, il est dès lors compréhensible que certains éprouvent le besoin de se déconnecter pour reprendre prise sur leur avenir, et leur passé…

J’espère que ma page s’est chargée assez vite et que vous n’êtes pas partis avant. Ca aurait été dommage, non?

0 comments

Trackbacks

  1. [...] Séduisant, parce que le direct, le temps réel, constitue la quintessence de la communication digitale, où les réputations se font et se défont en quleques minutes, et les idées s’échangent à la vitesse de la lumière pour le meilleur et pour le pire. [...]