S’il est bien un sport populaire au sein de la blogosphère française, c’est d’écrire sur le métier de community manager. Qu’est-ce qu’un bon community manager? Votre entreprise a-t-elle besoin d’un community manager? Le community manager, ressource interne ou prestataire externe? Oui, on s’interroge et on écrit beaucoup sur ce “nouveau” métier du web qui suscite à la fois fantasmes et mépris. C’est sur ce dernier sentiment que je voudrais pour ma part me pencher, car dans la sociologie du web francophone, il me semble assez révélateur.
Je me souviens de mes cours de prépa HEC et d’école de commerce (oui, j’écoutais en cours…). A l’époque, on parlait d’autoroutes de l’information, Lemel et Caramail se disputaient le marché des webmails. Et surtout, on nous rabâchait que le monde de demain allait appartenir aux manipulateurs de concepts, aux communicants qui sauraient mobiliser les foules autour d’idées-forces. Quand j’y repense, le métier de community manager tel qu’il se définit aujourd’hui et tel que je le conçois est celui qui se rapproche le plus de cette définition. Car appréhender les attentes exprimées sur la toile, identifier les thèmes pouvant susciter l’adhésion et l’interaction, c’est bel et bien être maître de la notion même de concept communiquant…
Et pourtant, le métier est mal considéré. Quand ils ne sont pas simplement stagiaires 2.0, les community managers sont notoirement sous-payés et relégués au rang de rigolos tout juste bons à cracher du dashboard ROIste sur un media qui par essence se situe au niveau de l’image. On est bien loin de l’image de “chef d’orchestre” du sentiment public que l’on aurait pu imaginer pour un tel métier.
Alors, pourquoi un tel désamour? J’y vois plusieurs facteurs:
- Les manipulateurs de concept n’ont jamais pris le pouvoir, surclassés par les financiers. Aujourd’hui la rentabilité dicte l’essentiel des actions entreprises pour satisfaire des investisseurs de plus en plus exigeants . La communication n’échappe pas à cette règle et le ROI est souvent placé au centre des préoccupations. Pour un domaine qui est par essence intangible et ne peut s’épanouir pleinement que dans l’abstrait la contrainte est de facto un facteur appauvrissant.
- Les community managers sont durs entre eux et dévalorisent parfois leur profession. On ne compte plus les “crises” d’e-reputation, aux motifs plus ou moins justifiés. L’exemple le plus récent dans ce domaine est celle de bodys Petit Bateau qui a fait les gorges chaudes de la twittosphère il y a quelques jours. Problème: il n’y a jamais vraiment eu de crise à proprement parler. En revanche de nombreux community managers ou intervenants dans le domaine de l’e-reputation se sont jetés sur l’incident pour l’amplifier et le mettre en exergue. Je vous conseille à cet égard l’excellente analyse de Maud Serpin parue chez Cyroul.
- Les clients (internes et externes) ne savent pas ce qu’ils veulent ou peuvent attendre d’un community manager, et recrutent donc mal. Il ne s’agit pas “juste” d’embaucher une personne pour surveiller la page Facebook et créer un compte Twitter. Il faut un expert ayant l’autorité et le soutien nécessaire pour opérer un changement culturel et politique au sein même de l’entreprise. Car ne l’oublions pas: la première communauté d’un CM, c’est d’abord celle de son entreprise. Il faut être identifié, reconnu et compris avant de pouvoir se lancer dans la fosse au lion que représente le monde extérieur. Si aujourd’hui les agences, consultants, et autre métiers proches en interne (PR, marketing, media…) se disputent les prérogatives du poste, c’est bien que 1- il y a un vide à combler et que 2- ce vide est mal occupé. On pourrait presque dire qu’il n’y a pas de bon community manager, mais plutôt de bonnes entreprise qui ont intégré le communautaire dans leur ADN.
Alors que faire? Je n’ai hélas pas de solution miracle à proposer, mais il y a selon moi quelques pistes. Tout d’abord c’est une question de temps et d’évolution des mœurs. Les community managers d’aujourd’hui seront les community builders de demain. D’autre part on apprend avec l’expérience que les combats à mener en interne sont autant voire plus importants que ceux de l’externe, ce qui pourrait accélérer l’assimilation du communautaire au sein d’un plus grand nombre d’entreprise. Enfin nous devrions réellement assister à une professionnalisation du secteur de l’analyse et de la veille, avec l’entrée sur le marché de poids lourds de l’analyse de données (Comscore, Nielsen), et la maturation de certaines start-ups du secteur (Klout). Peut-être serons-nous alors à même de quantifier l’inquantifiable, l’effet de ces concept qui influent sur la disposition d’esprit des consommateurs et qui les incite à préférer notre marque à toute autre.



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