Content is dead
Il est une règle d’or pour quiconque cherche à attirer l’attention sur la toile: pour être lu, il faut d’abord être visible. Ce qui sur le net équivaut pour une bonne part à apparaître dans les résultats des moteurs de recherche. La plupart des ces moteurs, google en tête, sont particulièrement friand d’un type de contenu en particulier: le texte. Léger, facilement analysable et porteur de sens, l’écrit domine largement les autres contenus, et sert même à les décrire afin de les rendre plus visibles (tags, sous-titres, descriptions, paroles de chansons etc…)
Créer un contenu original, pertinent et intéressant était donc devenu la clé d’une bonne visibilité, et combiné au rythme de publication, certains sites sont ainsi parvenus à atteindre une notoriété mondiale.
Mais la donne est en train de changer, car la concurrence devient de plus en plus rude. Nous sommes ainsi amenés à écrire sur les mêmes sujets d’actualité, les mêmes tendances. Le moindre fait est rapporté par une infinité de sources, chacune se battant pour son ranking dans les résultats de recherche. En face les lecteurs sollicités de toute parts cherchent de plus en plus à rentabiliser leur “temps d’information”, d’autant qu’ils sont de plus en plus nombreux à être eux-même auteurs. On a vu ainsi se multiplier différents phénomènes visant à une synthèse de l’information, avec par exemple les articles de “recyclage”, présentés le plus souvent sous forme de listes et proposant une synthèse sur un sujet donné (10 trucs pour rendre vos Tweets plus accrocheurs, 50 illustration saisissantes de chevaux etc…).
Si tu n’es pas leader, segmente.
Face à ces nouveaux défis, on a également assisté à une ultra-spécialisation de certains blogs, qui cherchent ainsi à se faire une place au soleil de la visibilité. Allant au bout de cette logique, beaucoup de micro-blogs Tumblr sont ainsi consacrés à une seul sujet, de préférence absolument confidentiel (la police Helvetica, les sandwich et les cascades, les arbres). Bien sûr cet exemple ne peut pas être généralisé, mais il est symptomatique je pense d’un certain état d’esprit.
A cette fuite en avant de l’archi-spécialisation vient s’ajouter un autre phénomène: le développement des outils sémantiques, qui permettent d’automatiser la création des contenus les plus basiques ou leur référencement. Grâce à ces outils les plus gros éditeurs sont désormais en mesure d’offrir un contenu étendu, qui évite les liens sortants autres que publicitaires (donc monétisés). Pour avoir testé Zemanta depuis quelques semaines, je peux affirmer que ces outils font effectivement gagner un temps précieux en automatisant les tâches liées au SEO (tags, liens, références…).
Temps réel, contenu artificiel?
Voici donc les nouveaux défis. Si mon contenu n’est plus unique, si ma spécialisation ne me permets plus de sortir du lot, que me reste-t-il? Certains ont misé (avec succès) sur la réactivité. Être le premier sur l’information est toujours valorisant, et la bonne vieille “exclu” reste une valeur sûre pour qui cherche à attirer le lectorat. Mais rester à la pointe demande des efforts, un état d’esprit et une attention qui ne sont pas à la portée de tous. Et finalement, le jeu en vaut-il la chandelle? Pour en avoir personnellement fait l’expérience, le fait d’être le premier sur une “histoire” est complètement grisant et valorisant sur l’instant, mais au final ni important ni décisif.
Opinions, analyses, sentiments.
Finalement, quelles sont les solutions face à ce problème? Si tant est qu’il y ait un véritable problème… Pour le blogueur moyen, le message à retenir de ces différentes évolutions est peut-être tout simplement de revenir aux bases, à ce qui fait la valeur première d’un contenu: l’opinion, l’analyse ou les sentiments de celui qui écrit.
Et aussi, de garder à l’esprit que les lecteurs eux ne sont pas des machines (je n’écris pas pour google!), mais une source d’échanges et d’inspirations. Les blogs ont toujours été sociaux et interactifs, et le développement des réseaux sociaux ne peut qu’accentuer la valeur intrinsèque d’individus rompus aux échanges et aux débats productifs.
Alors oui, il y a des défis à relever, mais ils concernent d’abord les professionnels du secteur de la publication et du journalisme, et ceux qui aspirent à vivre de leur activité d’écriture ou à l’utiliser pour légitimer et “professionnaliser” leur expertise sur un sujet donné. Pour les autres, cette humanisation du web est finalement porteuse de réelles opportunités de nouer de nouveaux liens.



[...] Ce billet était mentionné sur Twitter par samyz, guillaume de butler. guillaume de butler a dit: Contenu, année zéro http://bit.ly/dra6jS [...]
[...] En effet cette approche rend Google vulnérable à de potentiels concurrents (internet est disponible pour tous!), ou à des productions de contenu visant à tromper son référencement et donc la qualité de ses résultats (fermes de contenu). Il faut noter aussi qu’en mettant en place un système d’évaluation du contenu et de son attractivité, Google se trouve condamné à remonter souvent les mêmes types de contenus, au détriment de l’originalité et de la variété. Le fait est qu’aujourd’hui, une part importante des « écrivants » produit et formate son contenu avec Google en tête. [...]